“Ce n’est pas moi qui tiens la plume – c’est l’autre, le bête”

Written after a visit to Colvin in London, in October 1886, which had been cut short by fogs.

Auguste Rodin had sent to RLS a plaster cast of ‘Eternel printemps’, to thank him for his letter defending him against the accusation of being the ‘Zola of sculpture’ in the London Times of September 6, 1886. He also had expressed his warm friendship and admiration for his work.

[As usual, for correct and critical edition of this letter, see Mehew 5, 1725.]

To Auguste Rodin [Colvin 1912, pp. 219-220]

Skerryvore, Bournemouth [December 1886]

Mon cher ami,

II y a bien longtemps déjà que je vous dois des lettres par dizaines; mais bien que je vais mieux, je ne vais toujours que doucement. Il a fallu faire le voyage à Bournemouth comme une fuite en Egypte, par crainte des brouillards qui me tuaient;

James Abbot McNeill Whistler, Nocturne in Grey and Gold, Piccadilly, 1881-1883 [http://1.bp.blogspot.com]

et j’en ressentais beaucoup de fatigue. Mais maintenant celà commence à aller, et je puis vous donner de mes nouvelles.

Le Printemps est arrivé, mais il avait le bras cassé, et nous l’avons laissé, lors de notre fuite, aux soins d’un médecin-de-statues.

Rodin’s plaster of the ‘Eternel printemps’ was one of the possessions that RLS took with him when he left Europe for Samoa in 1888. It was sold by RLS’s step-daughter by auction in 1914, after Fanny’s death. Frontispice of Anderson’s ‘Sale Catalogue of Autograph Letters, Original Manuscripts, Books, Portraits and Curios from the Library of the late RLS’, Part I, to be sold Nov. 23-25, 1914.

Anderson’s ‘Sale Catalogue of Autograph Letters, Original Manuscripts, Books, Portraits and Curios from the Library of the late RLS’, Part I, to be sold Nov. 23-25, 1914.

 

Je 1’attends de jour en jour; et ma maisonette en resplendira bientôt. Je regrette beaucoup le dédicace; peut-être, quand vous viendrez nous voir, ne serait-il pas trop tard de l’ajouter? Je n’en sais rien, je l’espère. L’oeuvre c’est pour tout le monde; le dédicace est pour moi.

Plaster cast of Rodin’s ‘Eternal Springtime’, owned by RLS.and now at the Rodin Museum, Philadelphia. The inscription (added later) runs: ‘À R.L. Stevenson, au sympathique artiste, fidèle ami, et cher poète, Rodin.’ [https://i2.wp.com/philatravelgirl.com]

L’oeuvre est un cadeau, trop beau même; c’est le mot d’amitié qui me le donne pour de bon. Je suis si bête que je m’embrouille, et me perds; mais vous me comprendrez, je pense.

Je ne puis même pas m’exprimer en Anglais; comment voudriez vous que je le pourrais en Français? Plus heureux que vous, le Némésis des arts ne me visite pas sous le masque du désenchantement; elle me suce l’intelligence et me laisse bayer aux corneilles, sans capacité mais sans regret; sans éspérance, c’est vrai, mais aussi, Dieu merci, sans désespoir. Un doux étonnement me tient; je ne m’habitue pas à me trouver si bûche, mais je m’y résigne; même si celà durait, ce ne serait pas désagréable – mais comme je mourrais certainement de faim, ce serait tout au moins regrettable pour moi et ma famille.

RLS by W. Strang, 1886-1887.

 

Je voudrais pouvoir vous écrire; mais ce n’est pas moi qui tiens la plume – c’est l’autre, le bête, celui qui ne connait pas le Français, celui qui n’aime pas mes amis comme je les aime, qui ne goûte pas aux choses de l’art comme j’y goûte; celui que je renie, mais auquel je commande toujours assez pour le faire prendre la plume en main et écrire des tristes bavardages. Celui-là, mon cher Rodin, vous ne l’aimez pas; vous ne devez jamais le connaître.

RLS in BOurnemouth, late year 1886.

 

Votre ami, qui dort à present, comme un ours, au plus profond de mon être, se réveillera sous peu. Alors, il vous écrira de sa propre main. Attendez lui. L’autre ne compte pas; ce ne’st qu’un secretaire infidèle et triste, à l’âme gelée, à la tête de bois.

RLS in Bournemouth, late year 1886.

 

Celui qui dort est toujours, mon cher ami, bien à vous; celui qui écrit est chargé de vous en faire part et de signer de la raison sociale.

Robert Louis Stevenson et Triple-Brute

 

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1 Response to “Ce n’est pas moi qui tiens la plume – c’est l’autre, le bête”

  1. rdury says:

    It’s good to read the letter and see a picture of the statuette at the same time. A very interesting letter: ‘ ce n’est pas moi qui tiens la plume – c’est l’autre, le bête’ reminds us of Hyde who writes in the place of Jekyll in the story written about 12 months before.

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